
Histoire
et marché de la carte à puce
par
Gary Martini *
Voici
100 ans que des grands-magasins américains introduisaient
les premières cartes de fidélisation-clients. 60 ans plus
tard apparaissent les premières cartes magnétiques sur le
marché. En 1968, un allemand de Hambourg, Jürgen Dethloff,
définit les principes de base de la carte à puce et les fait
breveter. Américains, japonais et autrichiens déposent par
la suite différents autres brevets. En 1972 en France, à Paris,
l’inventeur Roland Moreno crée la société Innovatron dont
la vocation première est de vendre des idées à ceux qui en
manquent. Selon ce que rapporte l’une de ses biographies,
la société n’avait pas beaucoup de clients, mais un tas d’idées,
et les premiers brevets de la carte à mémoire sont déposés
en 1974 et finalisés le 17 mars 1975. De développements en
développements, et de présentations en présentations auprès
d'industriels, de commerçants et de banquiers, la carte à
puce éveille l'intérêt de nombreux partenaires et concurrents
potentiels. Pour finalement déboucher sur une véritable industrie.
A la fin des années 70, cette industrie bénéficiera des grands
programmes nationaux français d’investissement dans la modernisation
de l’infrastructure technologique de la nation. Bull, avec
sa carte microprocesseur à deux chips, la fameuse CP8, sera
la première société industrielle à consacrer d’importants
investissements en recherche et développement dans la technologie
des cartes à puce à microprocesseur. Bull détient environ
60 brevets dans ce domaine. C’est en 1980, lorsque la France
lance une campagne d’exportation de technologie, qu’une organisation
marketing du gouvernement crée le mot « Smart Card »
alors qu’elles étaient appelées jusqu’alors « cartes
à mémoire ».
Les nombreux
domaines d’application
ont permis
en l’espace de moins de vingt ans l’essor fulgurant d’un nouveau
marché. Le nombre de cartes à puce consommées au niveau mondial
a passé le cap du milliard par an. Les applications vont de
la télécarte ultra low cost au contrôle d’accès sans
contact en passant par la télévision à péage, les cartes pour
téléphones portables, les cartes bancaires et fidélité, les
cartes santé, identité et transports.
L’Europe
reste
le marché mondial le plus important avec l’Allemagne, la Grande-Bretagne
et la France en tête. Les Etats-Unis utilisent
depuis de nombreuses années les cartes à puce dans le domaine
de l’identification et du contrôle d’accès militaire – souvent
en combinaison avec des systèmes biométriques. Mais l’utilisation
des cartes à puce à grande échelle n’a fait que commencer
car la carte magnétique y est parfaitement implantée depuis
bientôt quarante ans. De nouveaux horizons s’ouvrent en Asie
où la carte à puce s’implante dans des marchés mal desservis
par des systèmes concurrents.
La Suisse
est très
active sur tous les fronts: innovation, développements, production,
vente, applications de cartes, de systèmes, et de machines
à fabriquer les cartes à puce pour tous les domaines d’applications.
Les entreprises suisses ont une excellente position dans le
domaine des cartes à puce sans contact. Cependant, les quantités
limitées, le manque de normes et la complexité des applications
freinent trop un essor qui serait amplement mérité vu l’ingéniosité,
le know how, la qualité de travail, l’engagement financier
et la persévérance des différents acteurs dans ce domaine.
A titre d’exemple, un des pionniers suisses de la carte à
puce sans contact a réussi le tour de force de conclure plus
de cinquante contrats de licence, sans pour autant avoir été
suffisamment rentable jusqu’à présent. Un autre exemple est
celui d’un fabricant de machines ayant réussi à placer des
machines avec une capacité de production annuelle de 80 millions
de cartes à puce rien qu’aux Etats-Unis mais sans que son
succès n’aie réellement, du moins jusqu’ici, couvert les investissements.
Nos atouts
sont à
mettre en valeur. Les personnes, les compétences et les technologies
sont disponibles, le succès ne dépend que de leur engagement.
Les ressources sont toujours limitées et dans de nombreux
domaines il est capital d’avoir une grandeur critique. Les
coopérations stratégiques flexibles avec différents partenaires
en Suisse et dans le reste du monde dans le développement,
la production, la commercialisation et le service après-vente
sont une condition sine qua non pour l’atteindre. Les
différentes possibilités de l’outsourcing doivent devenir
un souci permanent. De
nombreuses institutions suisses et européennes sont prêtes
à soutenir de manière compétente vos projets. Concrètement :
le Centre MICROSWISS d’Yverdon se distingue dans le domaine
des cartes à puce et des systèmes sans contacts.
D’autre
part, l’acquisition d’informations auprès du marché, des partenaires
et des concurrents doit devenir une tâche prioritaire. La
communication professionnelle interne et externe des objectifs
et de la marche des affaires est également une condition de
réussite. Ayant ces éléments sous contrôle, il est aisé d’enthousiasmer
les partenaires potentiels, y compris les partenaires financiers.
Sachons
prendre plus de risques et soyons plus communicatifs afin
de concrétiser également sur les plans commerciaux et financiers
le succès que nous méritons !
Production
mondiale de cartes à puce –
ou l'envol d'une nouvelle industrie qui
prévoit la production de 6000 millions (!)
de cartes à puce en l'an 2003:

*
Gary Martini, délégué
des conseils d’administration de la société MTT SA à Zürich
et de la société de participations Dybag AG à Coire. E-mail :
venture-capital@mtt.ch
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